Jour 3, Andong

Andong Arts Center

"On se croirait à un concert de rock"

Après Suwon et Séoul, nous quittons aujourd’hui la capitale pour rejoindre Andong. Trois heures de bus nous attendent. À force de vivre ensemble depuis plusieurs jours, les habitudes commencent à s’installer : certains dorment, d’autres regardent défiler le paysage, les conversations vont et viennent. Et puis, au bout de la route, Andong apparaît.

La ville se trouve dans le Gyeongsangbuk-do, dans le sud-est de la Corée. Elle est notamment réputée pour son patrimoine traditionnel et pour avoir conservé une culture locale particulièrement vivante. Pour l’Orchestre, c’est une nouvelle salle, un nouveau public, et donc, une nouvelle manière de faire connaissance avec un lieu.

À l’Andong Arts Center, nous retrouvons les gestes désormais familiers d’une journée de concert. Les instruments sont installés, les loges repérées, les partitions prennent place sur les pupitres. Le raccord peut commencer. David Reiland reprend quelques passages, mais l’essentiel est ailleurs : écouter la salle, comprendre son acoustique, trouver comment les instruments vont se répondre dans cet espace que nous découvrons aujourd’hui. Trois concerts, trois salles, et à chaque fois ce travail invisible qui permet à l’orchestre de sonner comme un seul ensemble.

Une rencontre avant même le concert

Cette journée commence pourtant d’une manière un peu différente. Une délégation municipale est venue accueillir l’Orchestre et, pendant ce temps officiel, nous avons la chance d’entendre un duo de musiciens coréens en costumes traditionnels, jouant sur des instruments traditionnels. Pendant quelques minutes, la musique de la tournée prend une autre couleur. Nous sommes en Corée depuis plusieurs jours, mais cette rencontre nous rappelle que nous sommes aussi ici pour découvrir une autre culture musicale.

Ce soir, le concert est associé à un autre événement : l’inauguration d’une exposition consacrée à Magnum Photos. Photographies, histoire de l’agence, regards de photographes sur le monde : la photographie et la musique se retrouvent ainsi réunies dans une même soirée, dans le cadre des célébrations des 140 ans des relations diplomatiques entre la France et la Corée.

Le maire d’Andong prend la parole pour souhaiter la bienvenue à Daniela Martin et à l’Orchestre national de Metz Grand Est. Il remercie chaleureusement l’ensemble de l’équipe et insiste sur les liens culturels qui unissent les deux pays. Les relations entre les peuples passent aussi par ces rencontres, rappelle-t-il, et la culture est précisément ce qui permet de franchir les frontières.

Daniela Martin lui succède devant l’assemblée. Elle raconte le rayonnement international de l’Orchestre de Metz Grand Est, cette tournée qui nous conduit de ville en ville et la façon dont ces déplacements permettent de faire connaître Metz et son orchestre bien au-delà de la France. Elle évoque également une prochaine rencontre, cette fois à Metz : le pianiste soliste qui nous accompagne en Corée sera prochainement accueilli dans notre ville. La tournée ne s’arrêtera donc pas complètement lorsque nous reprendrons l’avion.

Quelques minutes avant d'entrer en scène

Puis chacun retourne à ses préparatifs. C’est un moment que le public ne voit presque jamais. On parle parfois d’« entrée à l’américaine » pour désigner ces concerts où les musiciens arrivent progressivement sur scène pendant que le public s’installe. Ils prennent leur temps, accordent leur instrument, s’échauffent parfois directement sur le plateau. Le public voit alors l’orchestre se construire sous ses yeux, dans une atmosphère assez différente du cérémonial habituel du concert classique. À Andong ce soir, c'est pourtant un tout autre rituel qui nous attend.

Dans les coulisses, les musiciens se préparent chacun de leur côté. Il fait presque noir, à peine éclairé par quelques lumières bleues. Ils sont déjà en costume et, dans ce qui pourrait sembler être un grand silence, les instruments commencent peu à peu à se faire entendre. Une flûte, une clarinette, un cor, puis les violoncelles. Les vents travaillent leur souffle. Les cordes vérifient quelques passages. On reconnaît parfois un son, sans forcément savoir d’où il vient. Il faut se rapprocher pour apercevoir un musicien, concentré sur son instrument.

Dans les loges, les derniers détails sont réglés. Chez les hommes, la tenue est immuable : chemise blanche, nœud papillon blanc et frac. Chez les femmes, le choix est plus libre, mais toujours en noir. Quelques minutes encore, et tout ce petit monde va se retrouver sur scène.

L’entrée se fait alors selon le rituel traditionnel. Le plateau se remplit, les musiciens prennent place, le premier violon entre à son tour et donne le signal de l’accord. Puis David Reiland arrive. En quelques instants, l’agitation des coulisses a disparu.

« On se croirait à un concert de rock »

La salle est pleine. Et très vite, ce qui nous frappe, c’est l’attitude du public : non seulement il écoute avec une grande attention, mais il réagit aussi avec beaucoup de spontanéité entre les pièces du programme. Les applaudissements sont nourris, spontanés, et parfois si enthousiastes qu’ils donnent une énergie presque physique à la salle. David Reiland prendra même la parole pour dire quelques mots en coréen : le public apprécie et applaudit de plus belle. Après le concert, Daniela Martin nous glissera, amusée : « On se croirait à un concert de rock. »

Cela résume assez bien l’ambiance de cette troisième soirée. À Andong, le public nous réserve un accueil d'une chaleur tout à fait remarquable, surpassant encore l'enthousiasme que nous découvrons, ville après ville, depuis le début de cette tournée ! Une fois les dernières notes évanouies, le temps est venu de ranger. Les instruments retrouvent leurs étuis, les costumes quittent les épaules, les conversations reprennent dans les couloirs. Nous remontons dans le bus avec encore un peu de musique dans les oreilles et cette impression d’avoir vécu une soirée qui dépassait largement le cadre d’un simple concert.

Trois représentations sont maintenant derrière nous. Et pourtant, la tournée est loin d'être terminée !